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mardi 8 septembre 2015

Retour chez Marcelle Benoît

Marcelle Benoît est la seule auteur trouvée à ce jour qui parle de la Grande Écurie dans ses ouvrages (du moins avec un très haut degré de détail). Je reprends ici quelques passages qui me semblent intéressants de son ouvrage : Versailles et les musiciens du roi 1661-1733

"Qu'entend ce "grand public" dans les dernières décades du XVIIe siècle ? 
Une musique de plein air, de circonstance, solidaire des événements de la nation, que clament des sonneurs de trompettes, des batteurs de tambours, des symphonistes." (Benoît, 1971, p. 9)

"En premier lieu, la famille des trompettes, qui pose un problème de terminologie. Car nous rencontrons sur les registres les trois groupes d'instrumentistes suivants : 
quatre trompettes des Plaisirs, 
huit trompettes de l'Écurie, 
quatre trompettes de la Chambre. 
Leur appartenance s'établit ainsi : ceux des Plaisirs font en réalité partie de la Maison militaire du roi, et se rattachent aux Gardes du Corps. [...] Ceux de l'Écurie portent bien leur nom, mais pour l'honneur seulement, car, en majorité, ils ne servent pas ou servent exceptionnellement. Ceux de la Chambre, en revanche, travaillent double, si l'on peut dire : on les entend à la fois à la Chambre et à l'Écurie. Par abréviation, on les nomme "de la Chambre", leur titre au long étant "de la Chambre et Ecurie" : désignation approximative, d'ailleurs, car, administrativement, ils dépendent de l'Écurie. "Quoique les Trompettes de la Chambre soient de la Grande Ecurie, M. le Grand Ecuïer les appelle Trompettes de la Chambre dans leurs certificats de service et au certificat de leur prestation de serment de fidélité au bas de leurs provisions." Par conséquent, un tiers seulement de nos musiciens exercent régulièrement leur charge. Plusieurs actes nous en apportent la confirmation : "Il y a douze trompettes, mais il n'y en a que quatre qui servent ordinairement. C'est a cause de leur service continuel et durant toute l'année qu'ils prennent la qualité de trompettes de la Chambre et Ecurie." Et encore : "Des douze trompettes de la Grande Ecurie, M. le Grand Ecuïer en choisit quatre appelez particulièrement les quatre Trompettes ordinaires de la Chambre du Roy, qui servent auprès de S.M." (Benoît, 1971, p. 218)

"Quels services rendent les quatre élus de ce corps ? "Leur fonction est de sonner à la tête des chevaux du carosse du Roy, principalement dans les voyages et quand le Roy entre dans les villes." "Quand le Roy fait une revue, les quatre trompettes marchent à la tête des chevaux du carosse de la Reine, si elle y est. A l'armée, les trompettes de la chambre marchent avec le Roy deux alternativement et sont commandés en commission pour porter les ordres pour les contributions." 
Voici l'énumération des circonstances où nos hommes prêtent encore leur concours : les publications de paix, de trêves, les transports de drapeaux, les entrées d'ambassadeurs étrangers; les baptêmes des Enfants de France; les mariages, sacres des rois et reines; les pompes funèbres de la famille royale; les lits de justice au Parlement; la cérémonie des pains bénits; les Te Deum à Notre-Dame. Des détails nous renseignent sur la présence, lors des cérémonies extraordinaires, aux côtés des quatre trompettes ordinaires, des trompettes non servants, qui profitent du prochain sacre de Louis XV pour revendiquer leurs droits, notifiant qu'ils "doivent remplir le nombre du surplus, conformément aux statues [sic] de leur charge". L'effort des quatre servants de l'Écurie se trouve également jumelé, dans les grandes occasions, à celui des quatre trompettes des Plaisirs évoqués plus haut, ou de diverses autres compagnies militaires, ce qui ne va pas sans entraîner des contestations, des querelles de préséance, des protestations de supériorité professionnelle, des revendications vestimentaires... Sur ces points, les cérémonies du sacre de Louis XV déchaînèrent les susceptibilités et les passions, des questions de profit compliquant encore le débat. Les ordres de marches en cortège provoquent des litiges, et la cohorte des trompettes à cheval entourant le carrosse royal dans les défilés résonnait d'harmonies qui cachaient bien des discordances. "Sy on nous oste le poste que nous avons occupez de tous tems, nous ne sçavons ou nous devons nous mettre pour le servisce a venir", récrimine un trompette de la Chambre et Écurie. Après la mort de Louis XIV, en effet, les trompettes de l'Écurie luttèrent pour ne pas se laisser supplanter par ceux des diverses compagnies de la Maison militaire du roi." (Benoît, 1971, pp. 219-220)

"A la fois hérauts, messagers, hommes de guerre, officiers d'apparat, symphonistes de plein air, ils côtoient sans cesse le roi, entourent son carrosse dans les défilés, l'introduisent en grande pompe au sanctuaire, annoncent son entrée dans les appartements, sonnent ses triomphes à l'armée, rassemblent les sujets autour de sa personne dans les tournées provinciales. Ils participent à chaque événement heureux ou malheureux de la Cour; leur rôle revêt ainsi un caractère utilitaire. 
L'Auvergne se révèle comme le berceau des joueurs de trompette de la musique royale pendant près de deux siècles. De la région de Riom-ès-Montagne, dans le Cantal, monte à Versailles la plus célèbres dynastie de trompettes. De père en fils, de frère à frère, d'oncle à neveu, les Rhodes maintinrent dans leur famille ce titre, jusqu'à investir la plupart des postes au fur et à mesure de leur vacance. S'ils figuraient déjà parmi les trompettes de l'Écurie en 1539, l'état de 1661 dénombre huit Rhodes sur les douze officiers inscrits. En 1732, un Rhodes encore se fait le porte-parole de ses camarades pour réclamer... des chapeaux. Tard dans les XVIIIe siècle, on conservera leurs traces." (Benoît, 1971, p. 220)

vendredi 21 août 2015

Olivier Baumont : "La musique à Versailles"

Sur les conseils de mon directeur de recherches, je consulte actuellement La musique à Versailles d'Olivier Baumont, professeur de clavecin au CNSMDP. 


Voici quelques pistes de musiques à rechercher. 

Les plaisirs de l'Île Enchantée

Il s'agit d'une fête ayant eu lieu à Versailles du 7 au 9 mai 1664. Voici ce qu'il est dit de la première journée : "Quatre trompettistes et deux timbaliers, avec des soleils d'or aux banderoles des trompettes et aux couvertures des timbales annoncèrent l'arrivée du duc de Saint-Aignan, puis huit autres trompettistes et deux autres timbaliers, celle du roi. [...] Parmi les musiciens, figurait un membre de la famille Roddes, longue lignée de trompettistes au service des rois de France depuis la fin du XVIe siècle." (Baumont, 2007, p. 35) 

En effet, j'ai déjà trouvé dans les Dictionnaire de la musique aux XVIIe et XVIIIe siècles de Marcelle Benoît un arcticle concernant les Roddes : "Dynastie de trompettistes originaires de Riom-es-Montagne en Auvergne. Ils occupèrent des charges dans la Musique du roi (Chambre, Écurie, Maison militaire) de 1590 à 1740, année du décès de Pierre (29 IV) et Jean (11 V). En 1668, on en comptait huit sur les douze trompettes de l’Écurie. Ils étaient alliés aux Pellissier et aux Rivet, autres célèbres trompettistes de la Cour, également originaires d’Auvergne, pays des chaudronniers (affiliés aux faiseurs de trompes, trompettes et timbales)." (Benoît, 1992, p. 617)

Israël, S. (1664). Les plaisirs de l'isle enchantée ou les festes et diverstissements du Roy à Versailles, divisez en trois journées et commencez le 7me jour de may de l'année 1664 [estampe]. Repéré à http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8404784d 
Durant la troisième journée, "la cour s'installa sur le bord du Rondeau. La petite île sur la droite "fut toute couverte de violons" placés sur trois tribunes, et l'autre île sur la gauche le fut de "trompette" et de "timbaliers", moins nombreux et sur une seule tribune." (Baumont, 2007, p. 39)

La Chapelle Royale

La Chapelle Royale de Versailles était aussi un lieu où on pouvait entendre les trompettes. 

Lancret, N. (vers 1724). La remise de l'Ordre du Saint-Esprit dans la chapelle de Versailles [huile sur toile]. Lieu : Musée du Louvre
"En outre, le renfort des musiciens de la Chambre ou de l'Écurie était fréquent. Parfois, lors d'un Te Deum, souvent joué le dimanche à la messe du roi pour une victoire, une naissance, un mariage ou une guérison, un plus grand nombre d'instrumentistes était nécessaire. Dans son célèbre Journal qu'il tint de janvier 1684 au 16 août 1720, le marquis de Dangeau indique en 1703 : "Le roi fit chanter à sa messe le Te Deum avec les trompettes et les timbales." (Baumont, 2007, p. 68)




EuterpeVendicata. (2011, 12 janvier). Lully: Te Deum [fichier vidéo]. Repéré à https://www.youtube.com/watch?v=5iYiY-tDWOA (consulté le 21 août 2015)


La Chasse

Autre plaisir des Bourbon, la chasse était l'occasion de faire jouer de la musique. "La musique, fonctionnelle avant tout, permettait de communique des messages à distance dans la forêt : le départ, la vue de l'animal que l'on chasse, l'appel des chiens... Elle était aussi ornementale. Telle, elle désola les veneurs soucieux de tradition, mais stimula aussi nombre de compositeurs de la cour. L'instrument principalement utilisé était la trompe de chasse, qu'on appelait aussi cor de chasse. Vers 1680, Rollin Crétien ou Jacques Crétien inaugurèrent une trompe qui fut vite adoptée pour les chasses du roi. Jacques Crétien figure de 1674 à 1689 dans les États des officiers de la maison du roi comme "faiseur de cors et trompettes". Vers 1705, le marquis de Dampierre au service du duc du Maine (fils aîné du roi et de Mme de Montespan) mit au point une autre trompe plus longue ; mais elle ne fut utilisée que plus tardivement, dans la vénerie de Louis XV, lorsque Dampierre en devint l'un des principaux acteurs." (Baumont, 2007, p. 71)

J'ai en effet trouvé des fanfares de Dampierre, mais datant probablement des années 1730 et éditées en 1768, que j'ai déjà fait jouer à des élèves. Mais elles sont trop tardives pour correspondre à mon sujet.

Dampierre, M.A. marquis de. (1768) Fanfares nouvelles pour deux cors de chasse ou deux trompettes et les musettes, vièles et hautbois [partition]. Paris : de La Chevardière.
Baptême

"Le lendemain de la naissance, "le roi fit chanter le Te Deum dans la Chapelle de Versailles". Il est probable que ce Te Deum fut celui de Lalande qui fut l'un de ses ouvrages religieux les plus exécutés de son vivant. En outre, ce dernier était depuis 1704 titulaire de trois des quartiers de sous-maître de la musique de la Chapelle, dont celui de janvier à mars. [...] Pour la naissance du duc d'Anjou, comme pour son baptême ensuite, les musiciens de la Chapelle étaient aidés par des instrumentistes des autres départements de la musique du roi. L'État de la France de 1708 mentionne que "les douze trompettes de la Chambre et les quatre des Plaisirs se trouvent ensemble aux grandes cérémonies royales" comme, par exemple, "au baptême des enfants de France". Le 20 février 1710, un Te Deum fut aussi chanté dans l'église métropolitaine de Paris, puis un feu d'artifice fut tiré devant l'Hôtel de Ville où d'autres trompettes n'avaient pas été oubliées. En effet ont vit "trois emblèmes par lesquels ont prétendait faire voir trois des principales vertus nécessaires à un prince, savoir la sagesse, la grandeur d'âme et la science [...]. La renommée était au milieu de la machine, qui représentait ce feu, avec ses deux trompettes." (Baumont, 2007, p. 142)

Lalande (de), M.R. (1689). Te Deum, S. 32 [partition]. Versailles : André Danican Philidor
Le livre d'Olivier Baumont parle peu des trompettes des plaisirs et des trompettes de la grande écurie. Il faut donc que je trouve un livre plus spécifique sur le sujet, s'il existe.


***
Sources : 

Baumont, O. (2007). La musique à Versailles. Arles : Versailles : Actes Sud/Château de Versailles/Centre de musique baroque de Versailles.


Dampierre, M.A. marquis de. (1768) Fanfares nouvelles pour deux cors de chasse ou deux trompettes et les musettes, vièles et hautbois [partition]. Paris : de La Chevardière.

EuterpeVendicata. (2011, 12 janvier). Lully: Te Deum [fichier vidéo]. Repéré à https://www.youtube.com/watch?v=5iYiY-tDWOA (consulté le 21 août 2015)

Israël, S. (1664). Les plaisirs de l'isle enchantée ou les festes et diverstissements du Roy à Versailles, divisez en trois journées et commencez le 7me jour de may de l'année 1664 [estampe]. Repéré à http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8404784d


Lalande (de), M.R. (1689). Te Deum, S. 32 [partition]. Versailles : André Danican Philidor

Lancret, N. (vers 1724). La remise de l'Ordre du Saint-Esprit dans la chapelle de Versailles [huile sur toile]. Lieu : Musée du Louvre


Roddes [Rhode, Rhodes, Roddes, Rodes] (les). (1992). In M. Benoît (Ed.), Dictionnaire de la musique aux XVIIe et XVIIIe siècles (p. 617). Paris : Fayard.

vendredi 13 mars 2015

"Alceste" de Lully, première partition avec trompettes en France ?

La trompette a connu une arrivée tardive en France si l'on en croit le Dictionnaire de la musique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles : "Utilisée depuis le XVe s. dans les grandes villes pour les sonneries municipales, elle ne fut intégrée à l’orchestre que par Monteverdi dans l’Orfeo (1607). En France, il fallut attendre la disparition complète du cornet à bouquin et l’arrivée de Lully, qui l’emploie dans Alceste en 1674, pour que son usage et son importance s’accroissent." (BENOîT, 1992, p. 694)



Nous aurions donc une partition du dernier quart du XVIIe siècle composée par Jean-Baptiste Lully, compositeur de musique instrumentale à la cour de Louis XIV depuis 1653 (BENOîT, 1992, p. 415). Alceste serait donc la première oeuvre utilisant, en France, la trompette en mettant cet instrument en avant. Pourtant, la Grande Écurie (et son orchestre de trompettes) existe depuis François Ier (BENOîT, 1992, p. 260) ! Lully avait donc dès son installation à Versailles la possibilité d'écrire pour ces instruments. Il ne le fera que vingt-et-un ans après son arrivée. 

LULLY, J.-B. (1674/1703). Alceste [partition]. Paris : Recueil Philidor
Comme le dit Henry Prunières dans l'édition monumentale conservée à la Médiathèque Hector Berlioz : "les trompettes sont rarement marquées, mais on peut conjecturer qu’elles jouent la partie supérieure quand, à la basse, on voit intervenir les timbales" (PRUNIÈRES, 1932, p. XXII). On voit clairement que les parties en clé de sol première, clés d'ut un, deux et trois concernent des trompettes (ou des trombones ou trompettes graves). Dans cette édition, on peut lire le titre "Bruit de trompette" au lieu de "Prélude de trompette" dans le Recueil Philidor de 1703.

LULLY, J.-B. (1674/1703). Alceste [partition]. Paris : Recueil Philidor



Sur cette vidéo, nous pouvons entendre à quoi ressemblait le passage de cet opéra où l'on peut entendre des trompettes, interprété dans une version se rapprochant de l'esthétique de l'époque, justement par un orchestre nommé La Grande Écurie et la Chambre du Roy dirigé par Jean-Claude Magloire. 

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Sources :

Ouvrages :

Écurie (Grande). In M. BENOîT (Ed.), Dictionnaire de la musique aux XVIIe et XVIIIe siècles (p. 260). Paris : Fayard.

Lully. (1992). In M. BENOîT (Ed.), Dictionnaire de la musique aux XVIIe et XVIIIe siècles (p. 415). Paris : Fayard.

LULLY, J.-B. (1703). Alceste [partition] Paris : Recueil Philidor.

PRUNIÈRES, H. (1674/1932) Préface. In J.-B. LULLY Alceste [partition]. (p. XXII). Paris : Éditions de la revue musicale.

VIGNON, J.-P. (1992). Trompette. In M. BENOÎT (Ed.), Dictionnaire de la musique aux XVIIe et XVIIIe siècles (p. 694). Paris : Fayard.

Vidéos :

Bacholoji (2006, 2 juillet). Monteverdi - L'Orfeo - Savall [fichier vidéo]. Repéré à https://www.youtube.com/watch?v=yxBT1pfVAKQ

Lully's Work (2011, 27 mars). Lully: LWV 50. Alceste - Prologue (1) - Malgoire [fichier vidéo]. Repéré à https://www.youtube.com/watch?v=Os8xNiNNIJI